Pouvoir et autorité à l’épreuve des vulnérabilités



This article is not available in english.

Pouvoir et autorité à l’épreuve des vulnérabilités


Appel à contributions

Colloque international (29 septembre au 1er octobre 2022 inclus, Université Paris 8, France)


Comité scientifique

Sylvie Bauer (Rennes 2)

Bertrand Gervais (UQÀM)

Hélène Machinal (UBO)

Monica Michlin (Montpellier 3)

Arnaud Regnauld (Paris 8)

 

Argument

Ce colloque s’inscrit dans le cycle « pouvoir et autorité » qui rassemble cinq universités : Montpellier 3, Paris 8, Rennes 2, UBO, UQÀM. Il a débuté en 2019 à l’UQÀM par le colloque « Monitorer le présent. L’écran à l’ère du soupçon ». Il a été suivi par le colloque « Biopouvoir en culture de l’écran » qui s’est tenu à Rennes 2 à l’automne 2021. Le troisième opus s’intéressera plus particulièrement à la question des vulnérabilités.


 Pouvoir et autorité à l’épreuve des vulnérabilités.

 L’effondrement de l’autorité, les rétrogradations de ce « grand Autre », Dieu et l’État, et puis d’autres idoles, phallocrates pour la plupart, sont à l’origine d’une fracture dans l’être. Par conséquent, nous sommes toujours en train de ramper, couverts des lésions causées par les affronts que nous a infligés une autorité factice qui suivait ses malheureux représentants à la trace.

 Avital Ronell
Losers. Les figures perdues de l’autorité. A. Regnauld trad. Paris : Bayard, 2015.

 Dans le cadre du cycle quadriennal portant sur « Formes et représentations du pouvoir et de l’autorité en culture de l’écran », l’université Paris 8 organise la troisième déclinaison de cette réflexion collective, également portée par l’UQAM, l’UBO, l’université de Rennes 2 et l’université de Montpellier 3. Les deux précédents opus s’intitulaient respectivement sur « Monitorer le présent. L’écran à l’ère du soupçon » (UQÀM, automne 2019) et « Biopouvoir en culture de l’écran » (Rennes 2, automne 2021). Il s’agira plus spécifiquement d’approfondir le rapport entre pouvoir et autorité à travers l’aune du concept de vulnérabilité. Selon Avital Ronell, « l’autorité institue et investit le politique » et la question de l’autorité se pose de manière d’autant plus aiguë qu’elle se trouve confrontée à la fragilité des démocraties contemporaines, caractéristique intrinsèque à différencier de la vulnérabilité, ouverte sur l’extérieur. Face l’effondrement des fondements métaphysiques qui prônaient Dieu le père comme la plus haute autorité impartiale qui permettait de sceller le pouvoir politique et la reconfiguration des rapports sociaux au sein de la cellule familiale où la figure du pater familias autrefois investie de l’auctorictas dans la sphère domestique selon le droit romain, comment redéfinir un concept aux contours incertains qui fraye au voisinage de syntagmes connexes comme le pouvoir, voire l’autoritarisme qui en signe la chute, l’autorité n’ayant nul besoin de recourir à la force ou à la persuasion ?

 De manière connexe se pose la question de l’autonomie du sujet dont la maîtrise de lui-même lui conférerait une autorité intérieure, ce qui n’est pas sans poser problème en ce qu’une telle vision tend à gommer les rapports d’interdépendance propres à la condition humaine. Selon ce modèle théorique, la vulnérabilité constituerait un obstacle à la maîtrise rationnelle, dans un déni du corps et plus largement de ce qui relèverait du sensible, schème largement repris par le transhumanisme. L’injonction de la maîtrise de soi peut dériver d’un autoritarisme d’État prônant non plus la vie bonne, mais une forme de morale coercitive visant à contrer la décadence morale venue de l’étranger, à l’instar des dérives constatées dans certains États (voir à titre d’exemple : « La Chine interdit les tatouages à ses footballeurs », Le Monde, 30 décembre 2021). À l’inverse, penser la vulnérabilité humaine comme exposition irréductible à l’incalculable, ou à défaut l’aléa, intègre d’entrée de jeu la possibilité d’une limitation de ma capacité d’agir sur le monde sachant que je suis toujours pris dans un faisceau de relations d’interdépendance qui fondent le politique. Alors même que se fait jour une défiance accrue vis-à-vis de l’État en tant que dépositaire de l’autorité politique à laquelle se substituent des intérêts techno-capitalistes désubjectivants, il conviendrait d’interroger de fait le rapport entre pouvoir et autorité à l’aune de ce que pourrait être une véritable politique de la vulnérabilité (voir Marie Garrau. Politiques de la vulnérabilité. Paris : CNRS éditions, 2018) qui arpenterait la ligne de partage entre universalisme et particularisme.

 En effet, si la vulnérabilité peut être conçue comme une ouverture infinie à l’autre dans une optique universaliste (Levinas), certaines formes de vie précaires (voir Judith Butler, Vie précaire : les pouvoirs du deuil et de la violence après le 11 septembre 2001. J. Rosanvallon et J. Vidal trad. Paris :‎ Editions Amsterdam/Multitudes) relèvent d’une exposition à la violence et d’une incapacité d’agir sur le monde qui menace le développement de sujets sans visage. Dans le sillage des réflexions posthumanistes, ont émergé de nouvelles figures comme celle du cyborg (voir Donna Haraway, Manifeste cyborg. Laurence Allard et Delphine Gardey trad. Paris : Editions Exils, 2007) ou de l’animot (voir Jacques Derrida, L’animal que donc je suis, Paris : Galilée, 2006), lesquelles sont venues troubler la construction de l’Homme comme ayant une autorité « naturelle » sur le monde en le réinscrivant dans la continuité d’un vivant (voir Corine Pelluchon. Eléments pour une éthique de la vulnérabilité. Paris : éditions du Cerf, 2011) toujours déjà technologisé, c’est-à-dire dénaturé, au sens où la Nature n’est pas un élément extérieur garant d’une pureté originaire. Ces figures permettent en effet de déconstruire et de critiquer les rapports de domination et d’assujettissement fondés sur une certaine tradition patriarcale ancrée dans un passé que remettent en question de nouvelles épistémologies et de repenser ainsi la catégorie du sujet humain.

Ce colloque est ouvert à toutes les disciplines intéressées par ces questions et accueillera notamment des interventions artistiques dans une démarche de recherche-création.

Date limite de soumission : 10 mai 2022

Merci de déposer vos propositions (200-500 mots) au format PDF sur Easychair : https://easychair.org/conferences/?conf=pav3

Publication : ce colloque donnera lieu à une publication avec comité de lecture.